Flash back 9 : L’OEIL TRISTE ET DOUX DE MA MERE

Quelques mots avant de refermer cette série de flashes back sur L’oeil triste et doux de ma mère :

De quoi s’agit-il ? A la fin d’Une taupe @ l’Oeil-Doux 2.0, Elna, l’héroïne du roman, a donc rassemblé sur le web des pièces à conviction pour démontrer à quel point tout était faux sur le papier (à moins qu’à l’heure de la post-vérité, ce qu’elle présente soit tout autant bidonné…) Et parmi elles se trouve ce récit autobiographique du personnage principal, qui est censé avoir été écrit dans les années 1980 d’après une série d’interviews de son propre père. « Pour comprendre qui l’on est, rien de mieux que de savoir d’où l’on vient » dit en substance l’exergue.

Bien sûr, ces entretiens, dont je suis aussi l’auteur, sont largement inspirés de témoignages, d’expériences authentiques de mes anciens (oncles, grands-parents, amis…) et sont augmentés aussi de documentations diverses et approfondies… Avec pour but de retracer en filigrane l’histoire de ce dernier siècle en Occitanie rurale. Car là se trouve un autre des aspects qui m’intéresse dans ces Yeux Doux de texte et d’hypertexte : en effet, nulle histoire, aussi fantasmée soit-elle, ne saurait se passer d’arrière-plan social ; même le Seigneur des Anneaux raconte quelque chose de l’Angleterre des années 1950 durant lesquelles la saga a été écrite (c’est en tout cas ce que je crois), or là, avec cet Oeil triste et doux de ma mère voilà l’arrière-plan historique de mes personnages 2.0 à moi. La couche profonde dont ils sont issus. Mécanisation des campagnes dans les années 1930, puis Plan Marshall après guerre et illusions des Trente Glorieuses avant d’en arriver aujourd’hui à la financiarisation des terres agricoles, telle est en effet l’histoire qu’a traversée cette Occitanie qui est le berceau de mon récit. Et bien sûr, elle a connu ses soubresauts, ses grèves, ses luttes : ils ont pour nom Montredon les Corbières, effondrement de l’industrie lainière à Mazamet… C’est donc tout ça que, dans ce livre, le personnage du père raconte d’une voix éraillée par la colère propre aux visionnaires vaincus.

Pour le moment, ce récit ne trouve son sens qu’entrelacé avec les autres éléments du site un Ange @ l’oeil doux, il n’existe donc pas ailleurs que parmi les pièces à conviction réunies par Elna ; mais plusieurs parmi mes lecteurs m’ont fait l’honneur de juger que c’était la plus belle partie du tout. Alors, à suivre ? Qui sait…

Flash back 8 : UNE TAUPE @ L’OEIL-DOUX

Et puis l’illumination me saute aux yeux un matin (ah les matins illuminés !!!) : ce qui manque à mon projet c’est une motivation ! Si les personnes à qui j’ai soumis mes Yeux doux ne savent pas par quel bout prendre cet ovni, c’est que personne n’est habitué à se rendre sur un site web pour y reconstituer une histoire. Envoyer des mails, oui, commander un nouveau portable chez Amazon, oui, télécharger un film, oui ; mais ouvrir un site pour y assembler un puzzle de divers récits, pourquoi faire? C’est la motivation qui manque donc, et mon job d’auteur est de la créer…

C’est vraiment dans ce but que je commence alors à écrire ce qui sera finalement un nouveau roman à ajouter à ma maladie de plume. Comme une intro, un teaser destiné à donner l’envie d’aller ensuite sur le site. Sauf que, bien sûr, peu à peu, je me mets à l’aimer, à vivre quotidiennement avec mes personnages. Chaque matin quand l’appel du clavier me ramène auprès de Léonie sur son lit de (presque) mort, je sens bien qu’elle m’attendrit, me fait rêver. Et pareil pour cette petite conne d’Elna ; elle devient elle aussi de plus en plus attachante. Presque par moments, je pourrais tomber amoureux d’elle. Bref, me voilà retombé dans le piège et fin 2018 la dernière page est bouclée dans une euphorie, une limpidité, je suis heureux et fier de moi. Presque oublierais-je de terminer la chose par une adresse internet et un QR code.

Ils conduisent au site les Yeux doux bien sûr, mais entre temps, l’écriture du roman l’a lui aussi fait considérablement évoluer. Comme si la fréquentation des personnages, l’exploration de leurs vies et de leurs époques l’avaient nourri d’une profondeur supplémentaire. Je change alors la structure et je reprends tout dans les détails ; le titre devient un Ange @ l’oeil doux, et je remanie la vidéo, enrichis le récit autobiographique, développe le blog… Au final Elna et Léonie en sont presqu’autant les auteurs que moi…

page d’accueil du site un Ange @ l’oeil doux https://yeuxdoux.fr/index.html

Qu’est-ce qu’on y trouve alors ? Principalement trois pièces à conviction réunies-là par Elna pour prouver que ce que raconte le roman n’est que tissu de mensonges ! S’acharnait-il a démontrer qu’un certain chanteur-homme d’affaires était un salaud (la Taupe du titre) , eh bien le site va au contraire faire la preuve que c’était juste un brave type (l’Ange de la page d’accueil). Un peu comme dans la vraie vie de l’homo numéricus de ce début du XXIeme siècle en somme. Quand à force de réseaux sociaux, de fake news et autres tweets on ne sait plus trop comment distinguer le vrai du faux.

https://vimeo.com/329126456/7b963efa22
https://yeuxdoux.fr/loeilress/Demo/index.html
http://yeuxdoux.fr/Blog%20balades/

Que dire de plus ? Que ce fut un travail colossal (pas loin de cinq ans), mais qu’il m’a porté, passionné, fait gazouiller chaque matin de l’impression que j’étais peut-être en train d’inventer quelque chose… Mais dire aussi qu’une fois au bout, je ne me sentais pas le courage d’envoyer tout ça devant les Papes de Saint-Germain pour recevoir trois semaines plus tard une lettre de refus en cinq lignes pas plus. C’est alors qu’un ami m’a parlé de l’Harmattan. Ce n’est pas la plus prestigieuse des maisons, certains disent qu’elle exploite les auteurs, c’est peut-être vrai ; mais j’y ai pour ma part trouvé ce que je cherchais : enfin l’écoute et la confiance dans ce projet !

https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=64425

Flash back 7 : LES YEUX DOUX

L’idée dort dans mon esprit depuis la tentative de « livre interactif » ébauchée avec Gésir et tient en une question : « Est-il possible d’écrire une même histoire sur plusieurs supports : première partie : un texte, deuxième : une vidéo, etc… ? » Un projet qui vient de mon parcours de cinéaste évidemment et du fantasme d’épouser mes deux fiancées -la caméra et la plume- en même temps. Mais qui vient aussi d’internet… Ce Léviathan qui brasse indistinctement les vidéos, les e-mails, les blogs, les e-books peut-il servir de support à de nouvelles formes de narration ? Après tout, me dis-je, on a bien vu surgir des « écritures » inattendues après que la photographie, le cinéma ont été inventés. Mais la chose reste théorique dans ma tête et les amis à qui j’en parle à l’occasion ouvrent de grands yeux dubitatifs… Jusqu’au jour où un week-end entre copains me conduit près de Saint-Pierre la Mer (Aude) et là, je revois l’OEil-Doux.

J’avais déjà, dans un lointain scénario de film qui ne s’est jamais réalisé, pensé à ce gouffre aussi calme que menaçant comme décor pour une séquence, mais cette fois l’idée qu’il pourrait être au centre d’une fiction me saisit. Et l’espace de quelques heures, enivré par le mystère du lieu, une trame me vient à l’idée : ici, dans ces eaux, un homme autrefois célèbre a disparu ; et comprendre pourquoi revient à reparcourir l’histoire récente de l’Occitanie. Après tout, c’est vrai, on est dans une région qui a tant changé, s’est tant métamorphosée depuis le début du XXeme. Les vignes ont laissé la place aux lotissements pour touristes, l’agriculture à la civilisation des loisirs… Et puis, dans la voiture, sur le chemin du retour, cette trame se superpose avec le projet précédent : raconter cette histoire sur plusieurs supports : une vidéo, un texte, un blog… A peine rentré chez moi, je note vite le premier synopsis avant de l’avoir oublié. Car c’est souvent comme ça pour moi : en voiture, bercé par les virages, les paysages, j’imagine, et puis une fois arrivé tout est effacé !

Une année plus tard environ, soit environ fin 2016, un producteur toulousain (Pierre Mathiote) s’intéresse au projet et ensemble nous envoyons diverses demandes d’aides à la Région Occitanie, au Centre du Cinéma, au Centre Régional des Lettres, à des Résidences d’Ecritures Innovantes… Et parallèlement j’apprends à me servir de logiciels compliqués (Muse, Flip HTML5, Kolor-Panotour) pour attaquer la réalisation des diverses pièces du puzzle. Après divers tâtonnements et ajustements, il y en aura finalement trois : une vidéo, un récit autobiographique du personnage principal et le blog qu’il a tenu juste avant de disparaître. Le tout est rassemblé sur un site internet appelé Les Yeux Doux car chacun des trois « morceaux » du récit comporte le mot « Oeil » dans son titre.

Mais quelque chose ne colle certainement pas. En effet d’une part aucune des aides n’est accordée ! Mais ça on y est habitué ; ces commissions volent toujours au secours de la victoire et ne soutiennent que ce qui est déjà plébiscité par la presse, les amis, les chapelles ; les chercheurs solitaires dans leur coin sont rarement considérés alors que c’est justement eux qui… Mais bref, passons ; ce qui est plus gênant est que d’autre part les quelques personnes à qui je montre le résultat continuent d’ouvrir de grands yeux perplexes. « C’est quoi cet ovni ? » Semblent-ils dire.

Flash back 6 : SIX MINUTES

Il faut croire que quelque chose de neuf s’est installé dans mon rythme quotidien, car, une fois Gésir mis en ligne, je ressens un manque. Chaque matin, tel un fumeur qui vient d’arrêter, je n’ai qu’une envie, non pas d’allumer une clope mais de retourner m’asseoir devant mon clavier. C’est alors que la découverte d’un site incroyable sur internet : Beautiful Agony me plonge dans des abîmes de trouble. On y voit, filmé par les intéressés eux-mêmes, le visage de centaines de garçons ou filles en train de se masturber. Le visage exclusivement, j’insiste. Et c’est toute la beauté de la chose : l’expression commune, mais tellement réinventée à chaque fois, de l’orgasme sur ces visages de toutes origines a quelque chose de vertigineux. Comme si surgissait la preuve définitive que chaque être humain est aussi universel qu’unique !

https://beautifulagony.com/public/main.php

Bien conscient de m’attaquer alors à quelque chose de très périlleux et qui va probablement me conduire à mon seuil d’incompétence, l’envie du challenge reste la plus forte et je me lance un défi, celui de traduire en mots les sortes de sonates, adagios, rocks endiablés ou autres boléros émotionnels que l’on voit se déployer sur ces visages.

Et puis au bout d’une semaine, c’est parti ! Comme découvrant le sujet de mon propre texte à mesure que je l’écris (une sensation que j’ai souvent eue dans mon activité de cinéaste, au moment du montage principalement) l’idée directrice d’un nouveau projet d’écriture s’impose à moi comme une fringale, comme un truc que je ne vais plus pouvoir contrôler : partir de la description de ce visage en gros plan pour, au delà, raconter ce qui se passe dans les têtes respectives des deux membres d’un couple en train de faire l’amour. Ce que lui pense, ressent, se remémore en voyant, tout près du sien, son visage à elle ; et ce qu’elle convoque, éprouve, se dit en voyant à dix centimètres du sien, son visage à lui.

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Alors, six minutes étant (mais j’avoue que je n’ai jamais chronométré…) la durée qui me semble approximativement nécessaire et suffisante pour un acte de chair normal et abouti, la structure du roman se met en place autour de ce chiffre. Ce sera le titre du livre, son unité de temps aussi, et six sera le nombre de ses chapitres : trois pour lui, trois pour elle.

Ils ne se connaissent pas et tout les oppose. Lui est un enseignant retraité, quintessence de la raison érudite et rangée ; elle, une jeune vendeuse bourrée de ces blessures que laisse une enfance fracassée. Pourtant, dérapage de la vie hormonale, les voilà qui se donnent l’un à l’autre pendant six minutes d’abord sur un canapé de cuir, puis sur le tapis turc qui est en dessous… Six minutes faites de désir et de plaisir bien sûr, mais aussi d’espoir, de possession, d’amour et même de haine… Ces sortes de molécules dont est faite l’union charnelle et, par delà, la personne humaine.

Je dois dire, pour être franc, qu’au moment d’attaquer la rédaction du point de vue féminin sur la chose, un vrai doute me prend. Comment faire pour raconter ce que le garçon que je suis n’a jamais vécu et ne vivra bien sûr jamais ? Comment approcher ce qui est authentiquement en jeu chez une femme dans un moment tel que celui-là ? En interviewant des copines ? En faisant écrire cette partie du livre par une auteure collaboratrice? Et puis, au risque de me casser la gueule, je me dis qu’homme ou femme, hétéro ou homo, ce qui prime en fin de compte est notre humanité commune. Fi donc des assignations de genre ou des folklores érotiques ; rien ne m’empêche de me projeter dans le sexe opposé car mon entreprise étant affaire de visages, ceux-cis ne sont pas encore (littérairement parlant du moins) chasse gardée.

Dernier détail : une fois rédigées les deux paritaires parties : même nombre de pages, mêmes évènements vus du point de vue masculin d’abord, féminin ensuite, l’affaire me paraît brusquement trop carrée, trop systématique. Une sorte de thèse de troisième cycle sur le rôle de la différence d’âge dans la sécrétion de cyprine. Alors je mélange tout. Chapître 1 (lui) pour commencer, mais chapître 4 (elle) pour suivre, et ainsi de suite… Il me semble que « l’enchevêtrement des êtres dans leur acte d’amour » trouvera-là une sorte d’apothéose paginale…

Mais les Papes germanopratins, ne sont pas de cet avis. 11 envois seulement (je n’y crois plus ce coup-ci ; c’est pour la forme) et comme prévu 11 refus ! De sorte que je n’attends même pas toutes les réponses avant de signer, à l’automne 2015, une troisième fois avec les Editions du Net… Il y aura sans doute, comme d’hab, très peu de lecteurs mais au moins Louis Calvel est arrivé au bout de son défi. https://www.leseditionsdunet.com/search.php?search_query=six+minutes

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Flash back 5 : GESIR

Peut-être que je me serais arrêté là (34 lettres de refus, ça fait tout de même réfléchir !) mais c’est un autre film qui me remet en selle. Un documentaire que je réalise autour de ces années-là (2011-12) sur le thème du lit ! Oui, le lit où l’on naît, où l’on rêve, où l’on aime, où l’on souffre et où l’on voit la mort venir ; ces cinq colonnes du temple que l’on appelle « condition humaine ». Ainsi, immergé jusqu’au cou dans diverses recherches historiques et autres, je tombe sur l’histoire plus ou moins légendaire des Enervés de Jumièges

les Enervés de Jumièges, (tableau d’Evariste Vital-Luminais, 1880, Musée de Rouen)

Les Enervés en question ne sont pas des types qui veulent tout casser, mais, vers l’an 650, deux jeunes héritiers du trône de France à qui l’on aurait sectionné (énervé) les tendons des jambes sous prétexte de haute trahison puis qu’on aurait couchés sur un lit flottant et laissés dériver au fil de la Seine. Quant à Jumièges, c’est le nom de l’abbaye, proche de Rouen, où ils auraient finalement été recueillis par des moines qui en ont fait des saints. Enthousiasmé par ce dernier voyage alité qui illustre si bien un des aspects de mon film, je le conclus par une séquence entière de reconstitution avec lit flottant et comédiens.

image du film « Docteur Alcove et Mr Pieu » (JL Cros-2013)

Pourtant, le film fini, cette histoire continue de me hanter, et de fil en aiguille, démarrant avec le vague projet d’une possible série TV, puis imaginant un scénario de long-métrage, je finis par en faire le sujet de ce qui sera mon deuxième roman.

Changement de perspective sur l’affaire des Enervés de Jumièges, ces deux héros d’une lointaine légende médiévale revisitée par l’auteur… Et si Clotaire et Childéric, les deux princes suppliciés puis abandonnés sur un lit flottant aux caprices du fleuve, étaient l’occasion d’une épopée pleine de rebondissements d’abord, d’une plongée dans un moyen-âge aussi ténébreux qu’illuminé ensuite, et d’une parabole d’actualité enfin, sur l’éternel affrontement entre humanisme et montée du fanatisme religieux ?

Là aussi, une année environ de longues recherches historiques bien sûr, puis de rédaction assidue ; et le texte voit enfin le jour. Alors, incorrigible naïf qui n’a toujours pas compris qu’on ne doit pas écouter les encouragements des amis, nouvel investissement en cartouches d’encre, en reliures, en timbres et cetera, mais avec une différence cette fois : ma liste d’adresses d’éditeurs germanopratins ! L’ayant conservée de la première fois je passe moins de temps à tout expédier.

… De sorte que tout au long de l’été 2013 mes chers destinataires me répondent… Au rythme d’une enveloppe avec joli logo dans ma boite aux lettres tous les deux/trois jours environ… Et tous pour dire la même chose… 22 fois non ! Encore un Goncourt qui s’éloigne…

La déconvenue est moins grande toutefois. Le métier aux trois « R » (Romancier Ringard Refusé) commence sans doute à rentrer. De sorte que le 22eme et dernier râteau reçu (on notera que soucieux de préserver un certain équilibre économique, j’ai, cette fois, sollicité moins de Papes en leurs palais de Saint-Germain des Prés), je m’en retourne vers mon éditeur en ligne et signe pour un deuxième opus en e-book et version papier : https://www.leseditionsdunet.com/roman-historique/2317-gesir-louis-calvel-9782312021980.html

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Mais une envie de tirer, sinon vengeance, au moins un plus de de ce moins qui m’a été infligé, me titille. Puisque me voilà condamné aux livres électroniques à triple zéro (zéro refus d’éditeur, zéro frais de publication, mais zéro lecteur) pourquoi ne pas s’en régaler et proposer un e-book qui en soit vraiment un, c’est à dire interactif ! Profitant alors de l’entière liberté qui m’est laissée de concevoir la maquette, je la truffe de liens menant à des extraits de mon film sur le lit ou autres vidéos en relation avec les lieux, l’action, les personnages… Bref, si l’envie l’en prend, le lecteur de cette œuvre aussi médiévale que révolutionnaire peut encore aujourd’hui naviguer à sa guise entre mots et images, légende et vérité historique, livre et film…

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Même en version papier, on peut accéder aux suppléments vidéo; il suffit d’un smartphone et d’un lecteur de QR codes.

Flash back 4 : UN FILM DE FAMILLE

L’idée part d’un festival de documentaires. De documentaires sur la famille, pour être précis. A l’invitation des organisateurs, j’y présente Fils du Siècle, un film consacré à quelqu’un à qui je dois beaucoup : mon père ; mais là n’est pas le sujet. En effet, le visionnage à haute dose durant un week-end de plusieurs approches de ce thème aussi foisonnant que rempli de poncifs : « famille, je te hais! », « famille, tu es la plus belle ! », « famille, je t’interrogerai toute ma vie… », me fait venir l’idée d’un roman qui raconterait l’histoire d’un documentariste pris dans ce piège.

Partant de là, une bonne grosse année d’écriture, de liberté créatrice et de jubilation -« Se consacrer enfin exclusivement à ce vieil ami : le stylo! »- me fait traverser cette année 2010-11 sur un petit nuage.

Olivier aime les caméras et voudrait réaliser des documentaires sincères et engagés ; mais, provincial et un brin sauvage, il végète dans son coin. Maud, sa jeune amoureuse -dont l’oncle est un influent personnage- pense l’aider en le poussant à tourner le film de famille qui sera projeté lors de la prochaine fête des soixante ans de mariage de ses grands-parents. Malgré ses réticences à effectuer une commande aussi peu glorieuse, Olivier finit par accepter … Mais mal lui en prend, car, bien vite, d’enfants cachés en doubles vies, les secrets de la grande caste bourgeoise d’où est issue sa petite amie le plongent dans un imbroglio catastrophique qui dépasse de loin tout ce à quoi il s’attendait …

Et puis, parvenu au bout du récit, gonflé à bloc par les encouragements de quelques amis à qui je fais lire le manuscrit : l’un d’entre eux me dit même qu’il est fier d’avoir lu le prochain Goncourt !!! (Sacré Hervé! En matière d’écriture, ne jamais croire les amis, même s’ils ne s’appellent pas Hervé…) je me lance dans un vaste programme d’impressions et de reliure, puis j’achète des enveloppes grand format et engloutis pour finir un budget certain en frais d’expédition (messieurs Grasset, Belin, Stock et consorts n’acceptent que les manuscrits papier).

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Résultat des courses : 34 lettres de refus ! Cette année 2011 m’aura vu passer du statut de futur Goncourt à celui de loser décomposé… Heureusement j’avais pris la précaution d’écrire sous un pseudo… Louis Calvel, c’était.

Alors, avalée la pilule et ravalé l’égo, un article de l’Obs me redonne une lueur d’espoir un jour de printemps en évoquant la révolution à venir des e-books et autres liseuses « Après la musique et le cinéma, le livre se convertit au numérique » dit le chapeau. Je me mets alors en quête d’un de ces éditeurs branchés en ligne et finis par signer en 2012 avec Syllabaire Editions (qui changera malheureusement vite de politique et ne publiera plus que des livres de cuisine)…

… Puis, en 2014, avec les Editions du Net où ce texte est toujours disponible en version papier et électronique : https://www.leseditionsdunet.com/roman/2260-un-film-de-famille-louis-calvel-9782312027661.html

Flash back 3 : docus

Enfin : le documentaire. Du début des années 1990 à aujourd’hui, j’en ai réalisé beaucoup (une trentaine? Plus? J’aime mieux ne pas compter); aussi bien pour la TV éducative où j’ai passé la quasi-totalité de ma vie professionnelle, qu’en qualité d’auteur indépendant pour diverses chaines. Et j’ai trouvé là un extraordinaire outil de rencontre avec le monde…

Tournage des « Dé-tracteurs » (2009). Je suis de dos, à gauche, à côté de mon cher Jean-Paul, qui a cadré tant de nos aventures en France et dans le monde…

Pourtant ce qu’on ne dit pas assez c’est qu’un documentaire c’est aussi un travail d’auteur. Cohérence du sujet bien sûr, rythme, montage; et évidemment : commentaires. Or les miens devaient avoir une certaine tonalité car plusieurs fois on m’en a fait l’éloge ; au point qu’un soir même, un spectateur m’a dit à l’issue d’une projection : « Monsieur, vous n’êtes pas un cinéaste, vous êtes un écrivain ! » Etais-je mûr?

Flash back 2 : critiques de films

Une autre de mes écoles d’écriture a été, dans les années 1975-85 mon activité de critique à La Revue du Cinéma-Image et Son, mensuel aujourd’hui disparu mais qui a eu son importance autour de 1960/90.

Et là ce n’est plus le même exercice qu’écrire un scénario ! Fournir à un rythme soutenu des textes calibrés, documentés, clairs, argumentés et exprimant un point de vue tout en essayant de rester élégants ne laisse guère le loisir d’attendre l’inspiration… Quand faut y aller, faut y aller!

Flash back 1 : aux origines

Tout a commencé il y a longtemps. Dans les années 1970, j’avais un peu plus de 20 ans, et j’ai écrit La Glissade. Je me souviens seulement du titre et de l’avoir envoyé sans complexes à Roger Grenier, chez Gallimard. Le pire est qu’il m’a répondu personnellement une lettre manuscrite dans laquelle il me conseillait… « de ne pas me décourager ». Saint homme !

Puis est venue la frénésie des scénarii de films, courts ou longs-métrages (une bonne trentaine). Certains ont atteint le grand ou le petit écran, beaucoup n’ont connu d’autre destinée que les cartons où ils dorment dans le grenier ; mais tous ont au moins eu l’avantage que l’encre de ma plume ne s’est ainsi jamais desséchée.

20 Novembre 2019, 11:00, 13, rue de l’Ecole Polytechnique, Paris 6ème…

… J’ai rendez vous avec Cloé, attachée de presse chez l’Harmattan, qui me remet les exemplaires de mon roman 2.0 Une taupe @ l’OEil -Doux. Des années que je travaille dessus et ça y est, enfin il existe ! J’en ai une boule au ventre. Je prends un exemplaire, le feuillette, jette un coup d’oeil à la quatrième de couv… Oui, tout est bien là. En remerciant Cloé avant de repartir, je me souviens que dans ses mails, elle m’appelle « cher auteur » ; ce n’est qu’un début mais nous voilà donc au moins deux à me prendre pour un écrivain…