Les temps sont durs pour les âmes tendres

Comment sortir La Fraude de l’anonymat après que la presse parisienne se soit refusée à le faire en Avril dernier ? Convaincu qu’une vente à la TV n’aura une petite chance d’aboutir que si le film est auréolé de quelques colifichets journalistiques, je m’attache depuis plusieurs mois à l’inscrire dans divers festivals. A ce jour j’attends les réponses de plusieurs comités de sélection, mais d’autres ont déjà décliné ma proposition. Les raisons (quand ils en donnent) sont diverses mais la plupart du temps, elles ont quelque chose à voir avec la thématique du festival (Cinéma et musique, l’Amour au cinéma, Filmer au féminin…), et je suis bien obligé de m’incliner car La Fraude ne peut évidemment se réclamer de telles catégories qu’au prix de cheveux fortement tirés…

Plus surprenant, certains festivals exigent, avant d’accepter une inscription, que le film concerné soit déjà pris en charge par un distributeur, voire que sa sortie en salle soit déjà programmée pour l’année qui suit. Une attitude qui en dit long sur l’époque et sur la fonction de ces manifestations. Autrefois, du moins le croyais-je, le but de ces sélections était justement de mettre en avant des films nouveaux, si possible novateurs ou venus d’ailleurs afin de leur permettre de, justement, trouver un distributeur français. Or non, maintenant il s’agit juste d’un coup de promo, une pub gratuite en amont de sorties en salle déjà mûrement planifiées. Quand la cinéphilie et les budgets culture des municipalités organisatrices sont détournés au profit du marché…

Pour résumer, voici le récit, qui condense un peu tout ça, des péripéties comiques que j’ai récemment connues avec le Festival International du Film de Fiction Historique. Découvrant que le Festival du Film Historique de Pessac a pour thématique cette année « Masculin Féminin, toute une histoire« , je bondis, me dis que, cette fois au moins, on ne pourra pas reprocher à ma Fraude d’être « hors thème », et j’écris un premier mail. Réponse: « -Cher Monsieur, il faut un distributeur ! » Je contacte alors D Diamantis du Saint-André des Arts, et à ma grande joie, elle accepte de rester ma distributrice au delà de notre expérience. Merci Dobrila ! Deuxième message, alors, au festival de fictions historiques, et ceux ci- acceptent de visionner… Mais ils me répondent au bout de quelques semaines que le comité de sélection a « beaucoup apprécié ce film et lui reconnait de nombreuses qualités, que cela soit au niveau du traitement de son sujet, tout comme de sa forme », mais qu’ils ne peuvent pas le sélectionner car La Fraude est déjà « sorti » en salles ! Enervement de ma part et nouveau message où j’explique combien les projections au Saint-André des Arts ont été confidentielles et supplie le comité de sélection de réenvisager la candidature du film en faisant preuve d’un peu moins de rigidité règlementaire. Nouvelle réponse quelques jours plus tard. Cette fois on m’explique que le film ne peut pas être retenu parce que festival dispose d’un nombre limité de séances, donc de films, et surtout parce que le mien a été produit de manière bénévole et qu’il existe des réseaux spécialisés pour celà ! Là mon indignation ne fait qu’un tour, et voici l’essentiel de ma réaction ironico-blagueuse : « Vous n’avez pas suffisamment d’espace pour accueillir tous les films que vous souhaiteriez soutenir, aussi, ceux qui sont portés bénévolement n’y ont pas leur place ; c’est entendu (…). Aussi, j’ai une idée : je vais venir à Pessac du 14 au 21/11  avec mes amis comédiens et techniciens ; et là, chaque soir nous nous posterons devant l’entrée de votre festival. Nous serons, sales, mal habillés, nous aurons peut-être avec nous un ou deux chiens, des canettes de bière aussi et nous tendrons un écriteau en carton invitant les spectateurs à venir découvrir LA FRAUDE dans un garage, à quelques mètres de là. Sur l’écriteau, il sera marqué que le jury de votre festival (…) préfère sélectionner des films riches « qui répondent mieux aux attentes de ses partenaires ». Je suis sûr que ça plaira beaucoup à la presse« . C’est alors que le plus drôle se produit. Dans la demi-journée qui suit, double réaction du festival de fictions historiques : -1- Ils prennent ma boutade au sérieux et me demandent de reconsidérer mon projet d' »Action », ce qui me fait hurler de rire, et -2- Ils m’annoncent qu’ils n’ont rien à voir avec le Festival du Film Historique de Pessac avec lequel je croyais être en relation depuis le début!!!! Quel est ce mystère? Qui sont ces gens avec qui j’ai correspondu pendant des semaines? Quel est ce Festival du Film de Fiction Historique qui ne dispose pas d’autre page internet que celle de Pessac? J’avoue attendre encore la réponse et ne l’aurai peut-être jamais… La conclusion alors de tout ça? Après avoir alors pris contact avec, je l’espère cette fois, le VRAI Festival du Film d’Histoire de Pessac et leur avoir proposé mon film (réponse à venir?), j’espère que vous réalisez à quel point faire un long-métrage sans un sou n’est rien à côté de l’épopée qui consiste à seulement essayer de le faire vivre au milieu de la jungle du mercato cinématographique !

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