Un an après: le retour

Comme les choses sont étranges! Il y a un an à peu près j’étais arc bouté sur la parution de cette « Croisette des albigeois », et voilà qu’au lieu d’elle c’est une autre aventure qui s’est concrétisée.

Oui la Croisette est toujours dans mes tiroirs tandis qu’au lieu de ça, un film est né.

1968 : dans la pension où il coule des jours paisibles, un vieil abbé artiste peintre et jeune d’esprit malgré son âge, reçoit une lettre qui aurait dû lui parvenir 30 ans plus tôt. Ses souvenirs se réveillent alors…
Curé débutant à Paris dans les années 1920et frappé par l’ignorance d’une jeune fille en matière de sexualité, il a tenté de lui éviter l’enfer conjugal dans lequel beaucoup de ses semblables étaient plongées. Mais ses velléités éducatives se sont vite réduites à ressasser un dogme indépassable pour son église : «Le liquide fructifiant ne doit pas être détourné du vase féminin, tout le reste est fraude.»
30 ans plus tard, la culpabilité, l’asservissement et finalement l’issue fatale auxquels il a
condamné sa jeune paroissienne, lui reviennent en pleine face

Sa gestation fut longue : plusieurs années que je ruminais ce projet (les lettres à l’abbé Viollet sur la sexualité lues dans l’ouvrage de M Sévegrand « l’Amour en toutes lettres »/ Albin-Michel 1996) sans trop savoir comment l’aborder; mais sa réalisation, elle, fut courte ! En effet vers Mars-Avril dernier, il y a eu l’accord de trois de mes vieux potes comédiens : Sabine D’Halluin, Didier Moreira et Romain Torres. Presque sans lire le scénario (un peu quand même), et avant tout sur l’enthousiasme de se retrouver autour d’un projet commun, au service d’une certaine idée de la liberté des femmes à disposer d’elles-mêmes, ils m’ont dit « Banco, on le fait! ». Sans l’ombre d’un salaire évidemment. Et partant de là tout s’est enchaîné dans une sorte d’alignement de planètes favorables : décors, accessoires, rôles complémentaires… De sorte que hormis le CNC qui a refusé toutes les aides que je lui ai demandées (au scénario, à la réalisation…), il semblait que le monde entier voulait voir ce film exister!

Evidemment j’ai beaucoup travaillé (ce qui explique l’interruption totale de publications dans ces lignes). Pendant un an je n’ai fait que ça: préparer le tournage, rassembler le matériel, les accessoires, tourner, monter, puis présenter le film, lui chercher une sortie, tout ça, seul est sans monnaie, mais pas seul est sans amitiés! Merci à tous alors : Valérie, Conor, Sabine Didier et Romain bien sûr, mais aussi Marie-Amina, François, Jean-Michel et tous les autres: quelle joie quelle aventure humaine extraordinaire ! Joie de créer, de s’exprimer, de réussir quelque chose ensemble et loin des empêchements formatés.

Et voilà, le film est maintenant terminé. Il est inscrit dans quelques festivals, j’espère qu’il sera sélectionné une fois ou deux, mais l’important est que dans quelques jours va commencer sa rencontre avec le public, le vrai public, pas celui- des amis. Depuis une semaine en effet la bande annonce est projetée dans les cinémas de Gaillac et de Castres. Elle annonce les avant-premières des 15 et 17 février. J’ai le trac de sentir comment, dans la salle, tout ça va se passer.

Car cet accueil préfigurera l’autre accueil, le grand, le parisien. En effet, à mon immense joie, et aussi simplement que deux et deux font quatre, Dobrila Diamantis a décidé d’inclure le film dans son cycle « Les Découvertes du Saint-André ». Sortie le 13 avril, et pour quatorze séances jusqu’au 11 mai. Vive le cinéma comme on l’aime et comme il n’est plus, hélas, si souvent : jubilant et frétillant de sa liberté, de sa fierté, de son artisanale humanité.

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